20.04.2005
Fulbert-Paterne
La porte de l'auberge s'ouvrit brusquement sous la pression de mon pied. La pluie d'orage s'engouffra dans la pièce.
- LA PORTE, Bordel de merde, éructa Fulbert-Paterne, qui avait pour habitude de ponctuer chacune de ses paroles d'un juron puisé aux sources du patrimoine linguistique de la paysannerie française, où l'inspiration reste à dominante sexuelle et scatologique.
Il faut dire à sa décharge (publique) qu'il n'avait pas vécu au château, et avait été élevé au Buis de la Tourbière par Paulette, un être étrange qui avait dû revêtir dans un passé lointain l'apparence d'une femme mais que l'absorption à doses massives de cochonnailles hypercaloriques avait transformé en une sorte de Caterpillar suiffeux.
Félix, au bar, se retourna vivement. Son œil gauche lançait des éclairs meurtriers pendant que sa tignasse blanche se dressait un peu plus.
- Quicétidon ? quicétidona-t-il.
- Chui pas devin, putain, grailla Fulbert-Paterne, avec un mauvais sourire au coin de son visage de ruffian cirrhosé.
Il conclut par un énorme pet libérateur.
Il faut dire à sa décharge (publique) que la canicule avait sévi toute la journée, ce qui n'incitait pas aux agapes. Aussi avait-il placé son dîner sous le signe de la diététique et de la frugalité : soupe aux choux trempée de pain de campagne, haricots blancs, lentilles et céleris raves; potée aux choux garnie de chipolatas, travers de porc, lard fumé et tagliatelles au roquefort; choux à la crème fourrés aux marrons et nappés d'un coulis de cassis; le tout arrosé d'un vin de pays des coteaux de Béthune.
- Quécypass, Pierre ? Quécypassa Félix.
- J'en savions, fichtre rien, vingt dieux, répondit Fulbert-Paterne auquel on donnait fréquemment le sobriquet original de "Pierre", ce qui l'avait beaucoup inspiré dans le choix du nom de son auberge.
- T'as t'y bien entendu com'moi un coup d'pêtard, Pierrot ?
- Ca s'rait t'y pas l'orage, parazard, putain cong ?
Ce trait d'esprit eut pour effet de déclencher une cascade d'éructations graveleuses, typique de l'humeur joviale des habitués du "Caillou". Les caïds du biberon ponctuèrent la saillie de leur camarade par une levée de coudes parfaitement synchronisée marquant la quinzième tournée d'un apéritif-marathon entamé en milieu d'après-midi. L'un d'eux précisa cependant :
- Chui pas ben sûr, mais ch'crois ben qu'le bruit v'nait d'en haut.
Son demi-doigt qui n'avait pas fait bon ménage avec la scie circulaire indiquait le plafond.
00:00 Publié dans La DERNIERE PARTICIPATION | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


Commentaires
Je n'ai jamais mangé de choux garnie de chipolatas. J'ai hate de lire les premiers temoignages :)
Ecrit par : Antony | 20.04.2005
Putain con ! dit le Pierrot...
Moi, je ca
Ecrit par : le Pierrot | 20.04.2005
Mon pauvre D !
mon doigt tremblant de peur a merdouiller sur le clavier...
S'cuse moi, j'le f'rai plus...
Ecrit par : le Pierrot | 20.04.2005
Quel homme ce Fulbert Paterne, il jure bien, et Pierrot a rajouté le premier ce qui complète mon juron favori P.... de B.... de M...., mais je le dis quand personne est là pour l'entendre. Quand au repas je ne l'aurais surement pas partagé avec lui j'ai horreur du choux , des choux.....
l'a quand meme une sacré trombine le bonhomme, tu lui a bien arrangé le portrait!!!!!!!
Ecrit par : framboise | 20.04.2005
Pas eut le courage d'attendre + longtemps ce matin... vu qu'à minuit 20 le Fulbert-Paterne était toujours pas arrivé...
Antony, il dort pas...
Le Pierrot, il s'est endormi...
Françoise, elle laisse les choux à Antony donc si j'ai bien tout suivi...
et moi je prendrais bien des tagliatelles au roquefort, je suis blindée ! et j'aime bien l'ambiance qui rappelle un mélange de "nos ancêtres les gaulois" (restau sur l'île de la cité, Paris) et la taverne de Kaamelott...
Ecrit par : wictoria | 20.04.2005
Sympa le restaurant "nos ancêtres les gaulois(j'connais)
J'aime bien l'image de catepillar suiffeux
Ecrit par : Vlad | 20.04.2005
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