19.05.2005

Explications promises

L’histoire de Monsieur « D » a été écrite du 7 novembre 1998 au 10 janvier 1999. Je n’en ai écrit que la moitié, l’autre moitié étant sortie de l’imagination d’une poignée d’internautes (deux principalement) dans un jeu de « cadavres exquis » au cours duquel nous nous relancions la balle en rivalisant d’imagination.

Cela explique les rebondissements inattendus, surprenants et les changements de décors et de styles.

Je n’ai modifié que très légèrement le texte original pour le mettre sous cette forme de récit à épisodes que vous venez de découvrir.

Si vous avez aimé ce blog et apprécié ce récit, cela suffit au bonheur de Monsieur « D » jusque dans la nuit des temps, et peut-être même le surlendemain.

Libre à vous d'écrire la suite de cette histoire.

Je mettrais sur le blog vos écrits (commentaires) et s'ils partent dans des directions différentes, des liens différents promèneront le lecteur dans de multiples histoires à la manière des "livres dont vous êtes le héros" ...

Comment participer ?

Vous pouvez écrire la suite de cette histoire ou lui faire prendre une autre direction à n’importe quel stade de son déroulement. Pour cela, il vous suffit de vous placer sur le chapitre souhaité et d’écrire VOTRE SUITE dans la zone « Commentaires ».

Celle-ci sera intégrée dans le blog de Monsieur D (par lui-même, s’il vous plaît) à l’emplacement désiré (avec un lien vers votre blog que vous aurez éventuellement indiqué).
Le chapitre existant, dont vous aurez écrit la suite, sera enrichi d’un nouveau lien vers celle-ci avec une phrase de commentaire pour orienter le lecteur selon ses humeurs et ses envies !

ILLUSTRATION DU PRINCIPE en se rendant au chapitre XXIX "Les entrailles de la terre"

18.05.2005

Comment participer à l'écriture de cette histoire ?

Vous pouvez écrire la suite de cette histoire ou lui faire prendre une autre direction à n’importe quel stade de son déroulement. Pour cela, il vous suffit de vous placer sur le chapitre souhaité et d’écrire VOTRE SUITE dans la zone « Commentaires ».

Celle-ci sera intégrée dans le blog de Monsieur D (par lui-même, s’il vous plaît) à l’emplacement désiré (avec un lien vers votre blog que vous aurez éventuellement indiqué).
Le chapitre existant, dont vous aurez écrit la suite, sera enrichi d’un nouveau lien vers celle-ci avec une phrase de commentaire pour orienter le lecteur selon ses humeurs et ses envies !

ENVOYEZ VOS PARTICIPATIONS A L'ADRESSE SUIVANTE : oncledan@neuf.fr

 

16.05.2005

Le mariage d’Abrahel de la Muerte

Ah! Le peuple d’Abrahel
Comment pourrais-je les oublier un jour, ces monstres, plus monstrueux que dans n'importe quel cauchemar humain? Et comment pourrais-je les définir? Rien de tel n'existe dans notre monde et j'ose espérer que jamais une créature aussi abjecte n'y mettra le pied !

medium_demon.gifImaginez-vous dans une somptueuse basilique en compagnie des pires de vos peurs personnifiées et vous aurez peut-être, je dis bien peut-être, une idée de ce que j'ai vécu le jour du mariage du pire de mes souvenirs, la terrible Abrahel de la Muerte...

Le grand Prêtre, seulement vêtu d'une cape noire, une faux dans la main droite, approchait de l'autel. Il imposa le silence en levant les bras et en balayant la foule de son regard de feu.

La cérémonie allait commencer.

J'en profitai pour me faufiler et me frayer un passage jusqu'à la sortie de ce pandémonium.
Dehors, l'air était vif, et quelques flocons de neige virevoltaient dans la nuit.

15.05.2005

Le peuple d’Abrahel

L’homme encapuchonné se calma et poursuivit.

Pendant le supplice de Rihani, Abrahel s'était approchée de l'autel avec furie et vociférait des ignominies contre le grand prêtre qui devait officier et était en retard...

Comment imaginer un homme de foi dans le plus grand musée des horreurs de tous les temps? A moins que celui-ci ne déroge pas à la règle et soit lui-même monstrueux....
En effet, la créature apparut, sortie de nulle part, et avança vers Abrahel dans un brouillard inquiétant....
Elle était un curieux mélange de limace, de chat et de crocodile...
Ses yeux fluorescents me transpercèrent jusqu'aux os et je ressentis alors un sentiment de malaise étourdissant.

Sans doute était-ce dû à ce rictus épouvantable qui courait d'une oreille à l'autre de cette étrange créature, et qui faisait comme un trou noir au bas de son visage. Il leva les bras pour imposer le silence. Un frisson parcourut la foule comme une onde de choc. On entendait encore les hurlements de quelque fille qui se faisaient violer ou couper les seins par des bourreaux de passage, mais ils s’éteignirent bientôt en même temps qu’elle.

medium_femmeenfer.jpgAbrahel, elle-même, paru se calmer, et s’avança majestueusement jusqu’à l’autel, suivie de ses douze gourgandines. Un corselet lui serre la taille, et, ainsi qu'une agrafe superbe, un merveilleux joyau darde des éclairs dans la rainure de ses deux seins. Plus bas, aux hanches, une ceinture l'entoure, cache le haut de ses cuisses que bat une gigantesque pendeloque où coule une rivière d'escarboucles et d'émeraudes. Enfin, sur le corps resté nu, entre le gorgerin et la ceinture, le ventre bombe, creusé d'un nombril dont le trou semble un cachet gravé d'onyx.

Les mille feux de ses joyaux éblouissent et font oublier qu’elle est plus pestilentielle, en sa personne, que les croupissants détritus de tout un peuple en putréfaction. Son peuple.

14.05.2005

Rihani

Une petite fille de l’assistance tirait sa mère par la manche. J’ai vu un bonhomme vert, j’ai vu un bonhomme vert hurlait-elle.

C’est ce criminel de Rihani qui paye pour les sacrilèges commis au milieu des cadavres exquis lui expliqua sa mère le plus calmement du monde.

Je regardai dans la direction que montrait la mère. Mon sang ne fit qu'un tour et je fus littéralement cloué par l'horreur en apercevant celui que l’on appelait Rihani. Sa figure était verte et elle ouvrait dans des paupières violettes, des yeux d'un bleu clair et froid, terribles; des boutons entouraient sa bouche; des bras extraordinairement maigres, des bras de squelette, nus jusqu'aux coudes, sortaient de manches en haillons, tremblaient de fièvre, et ses cuisses décharnées grelottaient dans des bottes trop larges.

medium_demon3.2.jpgLe laisser vivre me paraissait être la pire des punitions, la seule qu’il mérita. Cependant un groupe de gnomes dont la méchanceté rivalisait avec la laideur, s’amusaient à le torturer avec quelques compagnons de douleurs. Il y avait là une collection de corps rissolés sur des brasiers, de crânes décalottés avec des sabres, trépanés avec des clous, entaillés avec des scies et d’intestins dévidés. Les ongles de Rihani furent lentement arrachés avec des tenailles, ses belles prunelles bleu furent crevées et ses paupières violettes retournées avec des pointes. Ses membres disloqués furent cassés avec soin, les os mis à nu et longuement râclés avec des lames.

Les cris de Rihani étaient couverts par les chants des follets qui dansaient une ronde joyeuse autour de cette boucherie infernale.

Une forte odeur de viande cuite s'échappait des entrailles de Rihani.

J’étais en enfer ! Vous entendez ? J’étais en enfer hurlait l’inconnu de l’auberge du caillou, qui tremblait de tous ses membres, pris d’une agitation indicible.

Fulbert-Paterne réussit à le maintenir sur sa chaise.

13.05.2005

Les filles aux cheveux jaunes

Je l’ai reconnue tout de suite. C’était bien Abrahel. Celle que j’avais rencontrée autrefois et que j’espérais ne plus jamais revoir. Je vous parle d’il y a des années, quand nous étions nettement plus jeunes, le monde et moi, quand notre fortune était l’Avenir.

medium_miran7.jpg






















Abrahel n’est pas une femme jolie jolie si vous voulez, mais elle est parfaitement irrésistible pour ceux qui aiment ce genre là. Je n’en faisais pas partie. La prunelle de cette chipie semblait un meeting de tous les mauvais regards de la création. Il y avait dans ce regard, de l’hyène, du tigre, du cochon, du cobra, de la sole frite et de la limace.

Je ne suis pas certain qu’un homme venant de quitter une femme depuis dix minutes soit capable de dire comment elle est habillée, mais Abrahel se grave dans les mémoires comme la petite vérole sur le visage des graveleux.

Elle portait un énorme manteau noir dont les pans étaient soutenus par une douzaine de filles aux cheveux jaunes, aux seins démesurément rebondis, à la croupe exagérée, au teint plâtré de fard, aux yeux charbonnés, aux lèvres sanguinolentes, lacées, sanglées en des robes extravagantes. On les sentait forcées de racheter par une excessive fascination leur peu de candeur et leur douteuse ingénuité.

12.05.2005

Petites filles et gros cochons

Je regardais l'assistance avec plus d'attention et me demandais si je n'avais pas la berlue:

Pas très loin de nous se tenait une femme qui semblait avoir avalé son parapluie. Elle portait des vêtements venant tout droit d'une grande puissance mondiale et semblait cousue d'or et de diamants. Mais c'était surtout son visage outrageusement fardé qui m'avait frappé dès le premier instant. Sous sa grande capeline à voilette, d'un autre âge mais hors d'âge, ces horreurs n'ont pas d'âge, elle portait haut la tête et semblait regarder tout le monde d'un air tellement suffisant qu'on avait l'impression que personne ne pouvait l'atteindre. Si cette orgueilleuse se mettait à enfler, elle pourrait projeter des brillants sur toute l'assistance et les transformer alors en passage clouté de luxe !

Mon regard se porta ensuite sur sa voisine, une petite vieille à l'air plutôt rabougri et qui se tordait le cou pour mieux voir tous les bijoux de la première. Les yeux étonnamment brillants pour son âge, elle semblait bien plus intéressée par le costume de l'orgueilleuse que par ce qui se passait ailleurs et on sentait en elle un mélange de réprobation sans faille et d'admiration retenue et furieuse qui en faisait une envieuse personnifiée.

Pas très loin, se tenait un homme plutôt fort et baraqué, mais qui semblait avoir grandi trop vite et porter des vêtements de quand il était gamin. Il se dégageait de sa personne une impression d'ennui et de fatalité navrante. En l’observant davantage, je vis que son pantalon était tout élimé et beaucoup trop court au dessus de ses chevilles. Son manteau était d'une autre époque. Cet homme semblait radiner sur tout et refusa même une pièce à sa petite fille qui aurait bien aimé faire hocher la tête de l'ange en mettant le sou dans le tronc sur lequel il était perché. La gamine se renfrogna dans son coin, visiblement habituée aux manières de son père.

Elle se mit à m’observer, avec le regard fixe qu'ont les gamins très intéressés. Elle semblait chercher à jauger mon degré de résistance et ma capacité à soutenir son regard sans sourciller. Elle tourna la tête la première pour fixer un autre individu bien plus bizarre que moi, un homme curieux qui la jaugeait avec un regard de concupiscence assez dérangeant. Il regardait d'ailleurs tout ce qui pouvait porter jupon, et ses yeux faisaient le tour de la question, comme le grand méchant loup devant le petit chaperon rouge. Comme lui, d'ailleurs, il se mit à se lécher les babines en parcourant l'assistance de ses yeux globuleux.

medium_demon_wing.jpgUn hurlement déchira la foule et me tira de mes réflexions. Et, horreur!!!, je vis immédiatement Abrahel foncer littéralement sur nous, les yeux flambant de colère.....

11.05.2005

Le pandémonium de toutes les abjections

Je me demande encore pourquoi Monsieur D appelait ce bâtiment une basilique. C’était plutôt le pandémonium de toutes les abjections de ce pauvre monde, et je me mis à regretter de n’avoir pas mené une vie plus vertueuse et ne savoir pas mieux mes prières.

J’en avais la certitude : personne ne pouvait ressortir intact d’un tel endroit !

medium_demonfemme.jpgIl y avait ici plusieurs centaines de personnes. Peut-être s’agissait-il d’êtres virtuels ou de monstres de cauchemars. Je ne sais. Tout ce que les films d’horreurs et les contes destinés à faire peur aux enfants avaient pu imaginer depuis la nuit des temps était rassemblé ici.

Je me trouvais dans un condensé de l’imagination délirante des écrivains les plus dévoyés. Archimède, lui-même, n’aurait pas eurêké ça !

Malgré la foule, j’ai reconnu tout de suite la vieille comtesse, à la colonne cassée d’avoir trop donné de coups de reins pour avaler des hommes, et son chevalier servile au langage incompréhensible et au nez précocement lumineux de sanguinité bachique.

Pour des raisons trop longues à décrire, mais qui paraissaient tellement évidentes en cet instant, chacun des invités au mariage d'Abrahel semblait disposer d’une dose de péché originel au moins quatre fois plus grande que n’importe quel criminel ici bas.

10.05.2005

La basilique

Au loin, la basilique toute noire se détachait néanmoins sur l'horizon grisailleux quand, tout à coup, elle s'illumina de l'intérieur comme par magie. Et ce spectacle splendide me coupa le souffle et me fit oublier tous mes besoins. Elle était vraiment magnifique, cette basilique, avec ses vitraux baroques qui laissaient sur la lande désolée des taches de couleur comme peintes par un artiste qui aurait pris pour toile l'herbe verte et rase sur laquelle nous marchions maintenant.

C’était vraiment trop. Cette galère avait trop duré. Le froid, les gnomes, les monstres, les miroirs, ça ne pouvait plus durer. Il me fallait faire quelque chose. Je ne comptais plus les portes, portails, portiques et porches que j’avais franchis, les couloirs, corridors, galeries et conduits que j’avais parcourus, les escaliers que j’avais montés ou descendus. Des milliers de marches. Et c’était encore des marches qu’il me fallait gravir pour atteindre cette inquiétante et fascinante basilique.

De temps en temps je m’arrêtais pour mieux entendre le chuchotement résigné des feuilles qui tombaient, auquel répondait le lointain ressac de la mer qui s’écrasait au pied de ce vertigineux rocher.

- " Venez, ne traînons plus. Nous avons assez perdu de temps comme ça" me lança monsieur "D"
- " Nous allons finir par être vraiment en retard ! "

Il paraissait vaguement contrarié, et je renonçais définitivement à lui demander d'aller faire pipi quelque part, sur l'herbe de la lande, entre deux rochers. Un grand frisson de froid m'envahit de nouveau et j'essayais de penser à autre chose.

La basilique était maintenant très très proche de nous, et nous parvenions à distinguer, à travers le hurlement du vent et le froissement des feuilles, le son des grandes orgues qui entonnaient un cantique vaguement baroque qui ne ressemblait à rien que je connaisse auparavant. J'avais hâte de pénétrer à l'intérieur, seulement pour me mettre à l'abri du froid et des petits grêlons qui recommençaient à tomber en vagues hachées par le vent.

Pauvre de moi. Je n’aurais jamais du franchir le seuil de cette basilique.

09.05.2005

A l'Arctique de la mort

L’escalier monumental que nous gravissions depuis de longues minutes aboutit à un nouveau portique qui donnait sur l’extérieur. Malgré la campagne noire et muette, je ressentis une impression de liberté retrouvée.
L’endroit était tellement sinistre et froid qu’il aurait pu s’appeler l’arctique de la mort, mais je n’avais le cœur à la plaisanterie. Une brise molle souleva un murmure de feuilles sur les graviers de l’allée qui menait à la basilique.

- Pressons-nous, me dit Monsieur « D », la cérémonie est peut-être commencée !
- Je ne le pense pas, affirmai-je, puisque la mariée attend toujours sa robe.
- Qu’en savez-vous ? Les chemins qui mènent à la basilique sont innombrables.

On l’apercevait, encore loin, perchée sur les falaises du Temps, éloignée du flot tumultueux de la civilisation. D’aspect imposant, elle se dressait sur des rochers inaccessibles et faisait l’effet d’un lieu où l’on ne devait pas rigoler souvent !

Nous marchions dans la nuit glacée comme une pierre et, de nouveau, nos pas rencontrèrent des escaliers qui semblaient mener vers la falaise. L'air se faisait maintenant humide et transperçait facilement le maigre manteau que j'avais endossé juste avant de venir dans ce lieu maléfique.

medium_chateau02_grand.jpg

En bas, tout en bas, la mer déchaînée se brisait sur les rochers et nous n'entendions que le fracas bouillonnant des vagues. Ce bruit d'eau, continu, et le froid que je commençais à ressentir dans tous mes membres, me donnèrent une envie pressante. Et je me rendis compte alors que cela faisait bien une dizaine d'heures que je n'avais pas été dans un endroit normal. Pouvait-on se soulager humainement dans un monde virtuel ? J'avoue que la question, sur le moment, me donna presque envie de rire, mais je me retins à l'idée de la demande que j'allais devoir faire à monsieur "D".

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