06.06.2005

Le temps n'est qu'illusion

Loin de cette assemblée, je n'avais soudain plus peur. Mon cœur récupérait ses battements lents, je reprenais mes esprits et me mis à rire. Rire nerveusement, me moquant de moi-même, car après tout, ce n'était pas moi l'objet des innommables tortures entrevues…

Dans la pénombre de cette salle des ancêtres, je distinguais enfin la chance que j'avais eue. Telle Alice au pays des merveilles (j'ai pourtant jamais rêvé d'être une blonde ah ça non !), j'avais vécu des heures, des instants absurdes. Et toujours cette impression de "sauter" d'un moment à l'autre, d'un delirium à l'autre…

Soudain, une pensée angoissante se glissât sournoisement dans mon apparente normalité : m'avait-on vu quitter la basilique ? L'idée d'être rattrapé ici même, dans cette salle sereine, par des gnomes malins et infâmes ne me disait rien qui vaille. Etourdi par cette vision, je décidai de repartir en arrière vérifier. J'entrepris de parcourir le couloir en courant, d'escalader l'escalier escarpé, pour débouler sur la colline où la pluie m'attendait. Une pluie fine, drue et froide, comme pendant la mousson…

Un jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres…

Je pensais apercevoir la silhouette de la basilique, se découpant sur le ciel marine comme une ombre chinoise mais plus rien ! Avais-je donc rêvé ? Je poursuivais mon chemin, de plus en plus sûr de moi. D'un coup, je n'était plus effrayé par quoi que ce soit, je me sentais la force d'un chevalier, j'oubliais que je n'avais pas d'armure… Tout en m'approchant je distinguais une bâtisse, une auberge plus précisément. Celle-ci portait un nom amusant : "Le caillou". Il y avait de la lumière; De plus en plus intéressé, je m'approchais des fenêtres pour regarder à l'intérieur.

C'est à ce moment là que j'ai vu des jeunes gens trempés qui venaient sans doute de se mettre à l'abri. Je me regardais et me rendis compte que j'avais l'air d'un démon, mes habits étaient des lambeaux, mes cheveux étaient sales, mes mains étaient rouges et toutes écorchées comme si je m'étais roulé dans les ronces. Je ne pouvais décemment pas entrer ainsi au milieu de cette assemblée déjà fort éprouvée. En levant les yeux, j'aperçu un escalier extérieur qui menait sans doute à l’étage, à une chambre où j'espérais trouver là de quoi me rendre figure humaine. Je montais donc, et me retrouvais dans une chambre. Après avoir réalisé quelques "ablutions", je revêtis le seul vêtement laissé là et qui, ma foi, me convenait… Ainsi, dans le miroir, je ressemblait à une sorte de moine encapuchonné dont le visage exprimait la douleur personnifiée.

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Puis je réalisais que j'avais grand soif et grande faim ! Pour redescendre, tandis que je me disais que je n'avais pas envie de ressortir dehors, j'aperçu l’escalier intérieur…là je commence à descendre… et mes amis que vois-je : une assemblée horrifiée qui me regarde comme si j'étais le dernier des vivants !

Mais que diable l'aubergiste : fait péter le "jaja", on n’est pas à l’enterrement...

(le carnet de l'auteure)

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