12.05.2005

Petites filles et gros cochons

Je regardais l'assistance avec plus d'attention et me demandais si je n'avais pas la berlue:

Pas très loin de nous se tenait une femme qui semblait avoir avalé son parapluie. Elle portait des vêtements venant tout droit d'une grande puissance mondiale et semblait cousue d'or et de diamants. Mais c'était surtout son visage outrageusement fardé qui m'avait frappé dès le premier instant. Sous sa grande capeline à voilette, d'un autre âge mais hors d'âge, ces horreurs n'ont pas d'âge, elle portait haut la tête et semblait regarder tout le monde d'un air tellement suffisant qu'on avait l'impression que personne ne pouvait l'atteindre. Si cette orgueilleuse se mettait à enfler, elle pourrait projeter des brillants sur toute l'assistance et les transformer alors en passage clouté de luxe !

Mon regard se porta ensuite sur sa voisine, une petite vieille à l'air plutôt rabougri et qui se tordait le cou pour mieux voir tous les bijoux de la première. Les yeux étonnamment brillants pour son âge, elle semblait bien plus intéressée par le costume de l'orgueilleuse que par ce qui se passait ailleurs et on sentait en elle un mélange de réprobation sans faille et d'admiration retenue et furieuse qui en faisait une envieuse personnifiée.

Pas très loin, se tenait un homme plutôt fort et baraqué, mais qui semblait avoir grandi trop vite et porter des vêtements de quand il était gamin. Il se dégageait de sa personne une impression d'ennui et de fatalité navrante. En l’observant davantage, je vis que son pantalon était tout élimé et beaucoup trop court au dessus de ses chevilles. Son manteau était d'une autre époque. Cet homme semblait radiner sur tout et refusa même une pièce à sa petite fille qui aurait bien aimé faire hocher la tête de l'ange en mettant le sou dans le tronc sur lequel il était perché. La gamine se renfrogna dans son coin, visiblement habituée aux manières de son père.

Elle se mit à m’observer, avec le regard fixe qu'ont les gamins très intéressés. Elle semblait chercher à jauger mon degré de résistance et ma capacité à soutenir son regard sans sourciller. Elle tourna la tête la première pour fixer un autre individu bien plus bizarre que moi, un homme curieux qui la jaugeait avec un regard de concupiscence assez dérangeant. Il regardait d'ailleurs tout ce qui pouvait porter jupon, et ses yeux faisaient le tour de la question, comme le grand méchant loup devant le petit chaperon rouge. Comme lui, d'ailleurs, il se mit à se lécher les babines en parcourant l'assistance de ses yeux globuleux.

medium_demon_wing.jpgUn hurlement déchira la foule et me tira de mes réflexions. Et, horreur!!!, je vis immédiatement Abrahel foncer littéralement sur nous, les yeux flambant de colère.....