22.06.2005
Le labyrinthe de Monsieur "D"

II - Fulbert-Paterne
III - Tombé du ciel
IV - La maison hantée
V - Le bal maudit
VI - Monsieur "D"
VII - Abrahel
VIII - Destin
IX - La crypte
X - Miroir, mon beau miroir
XI - La salle des blasons
XII- L'envers du décors
XIII - La comtesse
XIV - Symétrie
XV - La peau de Monsieur "D"
XVI - Un monde virtuel
XVII - Vous comprendrez plus tard !
XVIII - La robe de la mariée
XIX - Les poulets
XX - Sacrifices rituels
XXI - A l'Arctique de la mort
XXII - La basilique
XXIII - Le pandémonium de toutes les abjections
XXIV - Petites filles et gros cochons
XXV - Les filles aux cheveux jaunes
XXVI - Rihani
XXVII - Le peuple d'Abrahel
XXVIII - Le mariage d’Abrahel de la Muerte
XXIX - Les entrailles de la terre
30-1 - Le temps n'est qu'illusion
30-2 - La touriste belge
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06.06.2005
Le temps n'est qu'illusion
Loin de cette assemblée, je n'avais soudain plus peur. Mon cœur récupérait ses battements lents, je reprenais mes esprits et me mis à rire. Rire nerveusement, me moquant de moi-même, car après tout, ce n'était pas moi l'objet des innommables tortures entrevues…
Dans la pénombre de cette salle des ancêtres, je distinguais enfin la chance que j'avais eue. Telle Alice au pays des merveilles (j'ai pourtant jamais rêvé d'être une blonde ah ça non !), j'avais vécu des heures, des instants absurdes. Et toujours cette impression de "sauter" d'un moment à l'autre, d'un delirium à l'autre…
Soudain, une pensée angoissante se glissât sournoisement dans mon apparente normalité : m'avait-on vu quitter la basilique ? L'idée d'être rattrapé ici même, dans cette salle sereine, par des gnomes malins et infâmes ne me disait rien qui vaille. Etourdi par cette vision, je décidai de repartir en arrière vérifier. J'entrepris de parcourir le couloir en courant, d'escalader l'escalier escarpé, pour débouler sur la colline où la pluie m'attendait. Une pluie fine, drue et froide, comme pendant la mousson…
Un jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres…
Je pensais apercevoir la silhouette de la basilique, se découpant sur le ciel marine comme une ombre chinoise mais plus rien ! Avais-je donc rêvé ? Je poursuivais mon chemin, de plus en plus sûr de moi. D'un coup, je n'était plus effrayé par quoi que ce soit, je me sentais la force d'un chevalier, j'oubliais que je n'avais pas d'armure… Tout en m'approchant je distinguais une bâtisse, une auberge plus précisément. Celle-ci portait un nom amusant : "Le caillou". Il y avait de la lumière; De plus en plus intéressé, je m'approchais des fenêtres pour regarder à l'intérieur.
C'est à ce moment là que j'ai vu des jeunes gens trempés qui venaient sans doute de se mettre à l'abri. Je me regardais et me rendis compte que j'avais l'air d'un démon, mes habits étaient des lambeaux, mes cheveux étaient sales, mes mains étaient rouges et toutes écorchées comme si je m'étais roulé dans les ronces. Je ne pouvais décemment pas entrer ainsi au milieu de cette assemblée déjà fort éprouvée. En levant les yeux, j'aperçu un escalier extérieur qui menait sans doute à l’étage, à une chambre où j'espérais trouver là de quoi me rendre figure humaine. Je montais donc, et me retrouvais dans une chambre. Après avoir réalisé quelques "ablutions", je revêtis le seul vêtement laissé là et qui, ma foi, me convenait… Ainsi, dans le miroir, je ressemblait à une sorte de moine encapuchonné dont le visage exprimait la douleur personnifiée.

Puis je réalisais que j'avais grand soif et grande faim ! Pour redescendre, tandis que je me disais que je n'avais pas envie de ressortir dehors, j'aperçu l’escalier intérieur…là je commence à descendre… et mes amis que vois-je : une assemblée horrifiée qui me regarde comme si j'étais le dernier des vivants !
Mais que diable l'aubergiste : fait péter le "jaja", on n’est pas à l’enterrement...
(le carnet de l'auteure)
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21:00 Publié dans La DERNIERE PARTICIPATION | Lien permanent | Envoyer cette note
04.06.2005
La touriste belge
Je me suis dirigé vers le miroir qui occupait une face de cette immense salle, interrompant la série de blasons et de portraits qui ornaient en alternance les autres murs. Il se laissa traverser en silence.
Je fis le chemin en sens inverse, entre les glaces, les portraits et les trophées de chasse. Bientôt, tous ces ornements disparurent, de même que le reflet de ma torche dans les pampilles des lustres.
Enfin, je gravis les marches pour rejoindre le sinistre cimetière où m'avait conduit Monsieur D.

A l’auberge du caillou, il régnait un silence … de mort.
L’orage s’était éloigné.
Les premières lueurs de l’aube commençaient à éclaircir les vitres de l’auberge.
L’inconnu encapuchonné se leva et alors qu’il découvrait très lentement son visage, nous comprîmes que nous allions enfin aborder au rivage d’une conclusion.
C’est à ce moment là, dit-il, que j’ai ouvert les yeux. L’envie de faire pipi me réveille toujours. Les lumières de la basilique et les feux de l’enfer n’étaient pas étrangers au fait que je me sois endormi sans éteindre le plafonnier de la chambre. A côté de moi, dormait une touriste belge. Une rencontre de vacances.
Elle est encore en haut. Vous pouvez vérifier, dit-il dans un éclat de rire.
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02.06.2005
Les entrailles de la terre
Je redescendis la colline et retrouvai sans difficulté l'entrée de la galerie par laquelle j'étais arrivé. Elle était flanquée de deux torches dont la lueur vacillante éclairait les premières marches de l'escalier monumental qui disparaissait dans les entrailles de la terre.
Je me dirigeais sans hésitation dans le dédale des couloirs, comme si mon cerveau recevait des ordres venus d'ailleurs. Après de longues minutes, j'étais à nouveau dans la grande salle des ancêtres. Je n'ai pas essayé de retourner derrière la tenture, là où se trouvait l'envers de mon appartement. A quoi bon ?
Choisissez votre suite :
1 - Je n'ai plus peur et je reviens sur mes pas (écrit par Wictoria)
2 - Je cours sans me retourner (écrit par Dan)
21:15 Publié dans La DERNIERE PARTICIPATION | Lien permanent | Envoyer cette note
16.05.2005
Le mariage d’Abrahel de la Muerte
Ah! Le peuple d’Abrahel
Comment pourrais-je les oublier un jour, ces monstres, plus monstrueux que dans n'importe quel cauchemar humain? Et comment pourrais-je les définir? Rien de tel n'existe dans notre monde et j'ose espérer que jamais une créature aussi abjecte n'y mettra le pied !
Imaginez-vous dans une somptueuse basilique en compagnie des pires de vos peurs personnifiées et vous aurez peut-être, je dis bien peut-être, une idée de ce que j'ai vécu le jour du mariage du pire de mes souvenirs, la terrible Abrahel de la Muerte...
Le grand Prêtre, seulement vêtu d'une cape noire, une faux dans la main droite, approchait de l'autel. Il imposa le silence en levant les bras et en balayant la foule de son regard de feu.
La cérémonie allait commencer.
J'en profitai pour me faufiler et me frayer un passage jusqu'à la sortie de ce pandémonium.
Dehors, l'air était vif, et quelques flocons de neige virevoltaient dans la nuit.
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15.05.2005
Le peuple d’Abrahel
L’homme encapuchonné se calma et poursuivit.
Pendant le supplice de Rihani, Abrahel s'était approchée de l'autel avec furie et vociférait des ignominies contre le grand prêtre qui devait officier et était en retard...
Comment imaginer un homme de foi dans le plus grand musée des horreurs de tous les temps? A moins que celui-ci ne déroge pas à la règle et soit lui-même monstrueux....
En effet, la créature apparut, sortie de nulle part, et avança vers Abrahel dans un brouillard inquiétant....
Elle était un curieux mélange de limace, de chat et de crocodile...
Ses yeux fluorescents me transpercèrent jusqu'aux os et je ressentis alors un sentiment de malaise étourdissant.
Sans doute était-ce dû à ce rictus épouvantable qui courait d'une oreille à l'autre de cette étrange créature, et qui faisait comme un trou noir au bas de son visage. Il leva les bras pour imposer le silence. Un frisson parcourut la foule comme une onde de choc. On entendait encore les hurlements de quelque fille qui se faisaient violer ou couper les seins par des bourreaux de passage, mais ils s’éteignirent bientôt en même temps qu’elle.
Abrahel, elle-même, paru se calmer, et s’avança majestueusement jusqu’à l’autel, suivie de ses douze gourgandines. Un corselet lui serre la taille, et, ainsi qu'une agrafe superbe, un merveilleux joyau darde des éclairs dans la rainure de ses deux seins. Plus bas, aux hanches, une ceinture l'entoure, cache le haut de ses cuisses que bat une gigantesque pendeloque où coule une rivière d'escarboucles et d'émeraudes. Enfin, sur le corps resté nu, entre le gorgerin et la ceinture, le ventre bombe, creusé d'un nombril dont le trou semble un cachet gravé d'onyx.
Les mille feux de ses joyaux éblouissent et font oublier qu’elle est plus pestilentielle, en sa personne, que les croupissants détritus de tout un peuple en putréfaction. Son peuple.
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14.05.2005
Rihani
Une petite fille de l’assistance tirait sa mère par la manche. J’ai vu un bonhomme vert, j’ai vu un bonhomme vert hurlait-elle.
C’est ce criminel de Rihani qui paye pour les sacrilèges commis au milieu des cadavres exquis lui expliqua sa mère le plus calmement du monde.
Je regardai dans la direction que montrait la mère. Mon sang ne fit qu'un tour et je fus littéralement cloué par l'horreur en apercevant celui que l’on appelait Rihani. Sa figure était verte et elle ouvrait dans des paupières violettes, des yeux d'un bleu clair et froid, terribles; des boutons entouraient sa bouche; des bras extraordinairement maigres, des bras de squelette, nus jusqu'aux coudes, sortaient de manches en haillons, tremblaient de fièvre, et ses cuisses décharnées grelottaient dans des bottes trop larges.
Le laisser vivre me paraissait être la pire des punitions, la seule qu’il mérita. Cependant un groupe de gnomes dont la méchanceté rivalisait avec la laideur, s’amusaient à le torturer avec quelques compagnons de douleurs. Il y avait là une collection de corps rissolés sur des brasiers, de crânes décalottés avec des sabres, trépanés avec des clous, entaillés avec des scies et d’intestins dévidés. Les ongles de Rihani furent lentement arrachés avec des tenailles, ses belles prunelles bleu furent crevées et ses paupières violettes retournées avec des pointes. Ses membres disloqués furent cassés avec soin, les os mis à nu et longuement râclés avec des lames.
Les cris de Rihani étaient couverts par les chants des follets qui dansaient une ronde joyeuse autour de cette boucherie infernale.
Une forte odeur de viande cuite s'échappait des entrailles de Rihani.
J’étais en enfer ! Vous entendez ? J’étais en enfer hurlait l’inconnu de l’auberge du caillou, qui tremblait de tous ses membres, pris d’une agitation indicible.
Fulbert-Paterne réussit à le maintenir sur sa chaise.
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13.05.2005
Les filles aux cheveux jaunes
Je l’ai reconnue tout de suite. C’était bien Abrahel. Celle que j’avais rencontrée autrefois et que j’espérais ne plus jamais revoir. Je vous parle d’il y a des années, quand nous étions nettement plus jeunes, le monde et moi, quand notre fortune était l’Avenir.

Abrahel n’est pas une femme jolie jolie si vous voulez, mais elle est parfaitement irrésistible pour ceux qui aiment ce genre là. Je n’en faisais pas partie. La prunelle de cette chipie semblait un meeting de tous les mauvais regards de la création. Il y avait dans ce regard, de l’hyène, du tigre, du cochon, du cobra, de la sole frite et de la limace.
Je ne suis pas certain qu’un homme venant de quitter une femme depuis dix minutes soit capable de dire comment elle est habillée, mais Abrahel se grave dans les mémoires comme la petite vérole sur le visage des graveleux.
Elle portait un énorme manteau noir dont les pans étaient soutenus par une douzaine de filles aux cheveux jaunes, aux seins démesurément rebondis, à la croupe exagérée, au teint plâtré de fard, aux yeux charbonnés, aux lèvres sanguinolentes, lacées, sanglées en des robes extravagantes. On les sentait forcées de racheter par une excessive fascination leur peu de candeur et leur douteuse ingénuité.
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12.05.2005
Petites filles et gros cochons
Je regardais l'assistance avec plus d'attention et me demandais si je n'avais pas la berlue:
Pas très loin de nous se tenait une femme qui semblait avoir avalé son parapluie. Elle portait des vêtements venant tout droit d'une grande puissance mondiale et semblait cousue d'or et de diamants. Mais c'était surtout son visage outrageusement fardé qui m'avait frappé dès le premier instant. Sous sa grande capeline à voilette, d'un autre âge mais hors d'âge, ces horreurs n'ont pas d'âge, elle portait haut la tête et semblait regarder tout le monde d'un air tellement suffisant qu'on avait l'impression que personne ne pouvait l'atteindre. Si cette orgueilleuse se mettait à enfler, elle pourrait projeter des brillants sur toute l'assistance et les transformer alors en passage clouté de luxe !
Mon regard se porta ensuite sur sa voisine, une petite vieille à l'air plutôt rabougri et qui se tordait le cou pour mieux voir tous les bijoux de la première. Les yeux étonnamment brillants pour son âge, elle semblait bien plus intéressée par le costume de l'orgueilleuse que par ce qui se passait ailleurs et on sentait en elle un mélange de réprobation sans faille et d'admiration retenue et furieuse qui en faisait une envieuse personnifiée.
Pas très loin, se tenait un homme plutôt fort et baraqué, mais qui semblait avoir grandi trop vite et porter des vêtements de quand il était gamin. Il se dégageait de sa personne une impression d'ennui et de fatalité navrante. En l’observant davantage, je vis que son pantalon était tout élimé et beaucoup trop court au dessus de ses chevilles. Son manteau était d'une autre époque. Cet homme semblait radiner sur tout et refusa même une pièce à sa petite fille qui aurait bien aimé faire hocher la tête de l'ange en mettant le sou dans le tronc sur lequel il était perché. La gamine se renfrogna dans son coin, visiblement habituée aux manières de son père.
Elle se mit à m’observer, avec le regard fixe qu'ont les gamins très intéressés. Elle semblait chercher à jauger mon degré de résistance et ma capacité à soutenir son regard sans sourciller. Elle tourna la tête la première pour fixer un autre individu bien plus bizarre que moi, un homme curieux qui la jaugeait avec un regard de concupiscence assez dérangeant. Il regardait d'ailleurs tout ce qui pouvait porter jupon, et ses yeux faisaient le tour de la question, comme le grand méchant loup devant le petit chaperon rouge. Comme lui, d'ailleurs, il se mit à se lécher les babines en parcourant l'assistance de ses yeux globuleux.
Un hurlement déchira la foule et me tira de mes réflexions. Et, horreur!!!, je vis immédiatement Abrahel foncer littéralement sur nous, les yeux flambant de colère.....
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11.05.2005
Le pandémonium de toutes les abjections
Je me demande encore pourquoi Monsieur D appelait ce bâtiment une basilique. C’était plutôt le pandémonium de toutes les abjections de ce pauvre monde, et je me mis à regretter de n’avoir pas mené une vie plus vertueuse et ne savoir pas mieux mes prières.
J’en avais la certitude : personne ne pouvait ressortir intact d’un tel endroit !
Il y avait ici plusieurs centaines de personnes. Peut-être s’agissait-il d’êtres virtuels ou de monstres de cauchemars. Je ne sais. Tout ce que les films d’horreurs et les contes destinés à faire peur aux enfants avaient pu imaginer depuis la nuit des temps était rassemblé ici.
Je me trouvais dans un condensé de l’imagination délirante des écrivains les plus dévoyés. Archimède, lui-même, n’aurait pas eurêké ça !
Malgré la foule, j’ai reconnu tout de suite la vieille comtesse, à la colonne cassée d’avoir trop donné de coups de reins pour avaler des hommes, et son chevalier servile au langage incompréhensible et au nez précocement lumineux de sanguinité bachique.
Pour des raisons trop longues à décrire, mais qui paraissaient tellement évidentes en cet instant, chacun des invités au mariage d'Abrahel semblait disposer d’une dose de péché originel au moins quatre fois plus grande que n’importe quel criminel ici bas.
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